édito

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« Carpe diem »
dit la formule.

Peut-être n’a t-elle jamais été autant d’actualité pour illustrer le parcours singulier du Tricycle. Horace nous convie à cueillir le jour présent sans nous soucier du lendemain. Est-ce bien raisonnable ? Soyons, dit aussi Horace, « le moins crédule possible pour le jour suivant.» C’est ce à quoi nous allons nous atteler. Par exemple ne pas croire qu’une cinquième année d’existence va nous offrir l’assurance d’une sérénité pourtant bien méritée. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve. Il s’annonce incertain, comme est incertaine, en ces époques troublées, la place accordée à l’art dans la cité.

Mais faisons une fois de plus confiance aux artistes que nous allons accompagner pour installer comme une nécessité incontournable le spectacle vivant au centre de la cité. Celui-ci n’a pas de prix, on ne fait que l’estimer bien sûr financièrement, mais aussi comme on estime un ami qui nous est cher. Nous ne pouvons nous résoudre à limiter notre mission aux seuls critères économiques, ils jouent leur rôle, mais ils sont indissociables de nos choix artistiques. Le Tricycle ne fait pas son marché comme il est coutume de dire en ces temps mercantiles, il accompagne, il lance des bouteilles à la mer. Elles ont pour nom, aujourd’hui Frédéric Giroutru, Cyril Griot, Julie Aminthe, Tom Porcher Guinet. Quelques-unes nous reviennent, Jean-Cyril Vadi, Grégory Faive, Anaïs Cintas, Jonathan Moussali, Alain Klingler et nous continuons à leur faire confiance à les faire exister dans le temps. Car la tache que nous nous sommes assigné, c’est de suivre leur travail et de les accompagner dans leur démarche le plus loin possible.

Notre utopie perdure, malgré la direction qu’elle emprunte, malgré son bénévolat et son organisation singulière, grâce à la compétence de ses personnels, à la fidélité de son public, à la bienveillance de nos partenaires : MC2: Grenoble, Troisième bureau, les Chantiers Nomades, le Centre Hospitalier Alpes-Isère, la MJC Parmentier et le Conservatoire de Grenoble pour n’en citer que quelques uns. Elle contribue à proposer non pas une vitrine de l’événementiel, mais un rhizome souterrain propice à l’éclosion d’un art futur qui qualifié par Georges Bataille comme forcément « en perte pure » n’en est pas moins annonciateur et riche d’espérance, et pourquoi pas de lendemains qui chantent. Laissons du temps au temps… de vivre.