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Prochainement au théâtre 145

Le fils aîné – Cyril Griot cie Le bateau de papier

Du jeudi 10 au samedi 12 mars

20h30

 

Prochainement au Théâtre de Poche

Cie La pendue : Tria Fata 

Vendredi 26 février et mardi 1er mars 19h30

Cie La pendue : Poli Dégaine

samedi 27 et dimanche 28 février 17h

 

COMMUNIQUÉS

Grenoble le 17 novembre 2015

Un projet culturel ambitieux : municipaliser la création théâtrale !

S’il est un domaine de l’action municipale où la co-construction est un impératif catégorique, c’est bien celui donné à la visibilité et à la diversité des expressions artistiques.

Dans une interview au journal local, Place Gre’net, l’adjointe “aux cultures” de la municipalité de Grenoble, déclarait le 22 octobre : « Nous avons un projet ambitieux pour la culture à Grenoble et, en particulier, pour le théâtre ». La concrétisation de cette ambition affichée s’est traduite par le retrait brutal, et sans concertation, de la responsabilité artistique du collectif “Tricycle” dans la gestion du théâtre 145 et du théâtre de Poche. Cette mission consistait à accompagner les créations des jeunes compagnies théâtrales. Elle avait su, trouver un public, mettre en relation des auteurs et des metteurs en scène, développer un partenariat avec de nombreuses institutions et associations, créer des formes innovantes de collaboration avec le “Théâtre des amateurs”… Aux dires de l’adjointe : « le projet était bon mais il était coûteux » (sic).

Son seul défaut semblait être de s’opposer, par son existence même, au projet (ambitieux ?) de la municipalité : municipaliser la gestion artistique de ces deux salles pour la mettre sous la houlette du théâtre municipal. La rationalité administrative de cette mesure semble justifiée par l’adjointe par les contraintes budgétaires. L’élue propose de confier l’avenir de la programmation à une « commission municipale de suivi de la création théâtrale » qui regrouperait tous les programmateurs  — le théâtre municipal, l’Espace 600, la MC2, le théâtre Sainte-Marie-d’en-Bas… — la Direction des affaires culturelles, le conservatoire […]. Comme élaboration d’une usine à gaz, on ne fait pas mieux. Cette mesure est le fait d’un « populisme autoritaire ».

Quelle que soit la nouvelle forme de direction pressentie, elle ne peut, dans sa mission d’aide aux compagnies, être privée d’une gestion artistique singulière, responsable et compétente. La diffusion de spectacles n’étant pas prioritaire pour le Tricycle, l’entreprise artistique, parce qu’il s’agit bien de cela, n’a que faire d’un comité protéiforme de programmation. La première nécessité relative à ses choix, et dont elle a besoin, étant le lien étroit privilégié qu’elle doit tisser avec les artistes associés.

Le plus grave, au-delà de cette opération de nature bureaucratique, est la contradiction entre la pseudo démocratie participative, à laquelle cette municipalité ne cesse de faire référence, et le centralisme démocratique de la décision qui rappelle celui des années cinquante, (circulez tout est bouclé !…). En lieu et place de ce qui semblait être annoncé dans le programme électoral et qui restait de l’ordre du slogan, « De la culture pour tous et partout ! », la municipalité regarde sans le savoir, l’avenir dans le rétroviseur.

Héritage et révolution sont étroitement liés. Il y a plus de quarante ans Bernard Gilman, adjoint à la culture d’Hubert Dubedout, faisait de Grenoble l’un des fleuron de la nouvelle décentralisation théâtrale avec la nomination à des postes de responsabilité de jeunes artistes talentueux. Qu’en reste-t-il aujourd’hui, à l’heure de la disparition du théâtre du Rio (municipalité précédente) et du centre dramatique national ? Voilà la question qu’il faut se poser, si on veut que la révolution annoncée, ne devienne pas un enterrement définitif.

« Nous n’avons pas à choisir, ce n’est pas notre rôle », voilà ce qu’on entend dans les allées du pouvoir. On peut mesurer à quel point le malentendu entre l’artiste et le Prince est profond. « Faire participer l’individu à la vie sociale par la connaissance afin de s’y inscrire de manière plus lucide et plus consciente », voilà ce qu’induit une vraie politique participative. Cela implique au contraire, de faire des choix au niveau de la nature des projets, des hommes, des esthétiques proposées. Ne pas choisir, c’est faire du Ponce Pilate, c’est n’accorder aucun rôle à la création artistique.

Cette nouvelle politique est dénuée de sens en ce qu’elle révèle un retour du refoulé. L’opposition démagogique entre l’élitaire et le populaire n’a plus beaucoup de sens, ni au plan sociologique ni au plan artistique. Cette orientation manifeste un désintérêt profond vis-à-vis de ce que l’art et la culture— qui ne se confondent pas mais s’influencent réciproquement—, peuvent apporter à notre société, dont les fractures sociales sont en train de se convertir en fracture culturelle. Non que l’art et la culture puissent se substituer à une politique urbaine, à une politique du logement, à une politique de l’éducation… L’art et la culture sont aussi présents, au-delà du divertissement et de la jouissance esthétique, pour proposer du sens. Éclairer les ombres et les contradictions d’une société ; donner à ceux que leur condition sociale éloigne des lieux où une personne peut s’épanouir, les moyens de se construire par les pratiques artistiques, voilà le sens à donner à une politique culturelle.

Les artistes ne sont pas des nantis irresponsables, mais des professionnels compétents producteurs d’économie, de rêve, et de lien social. Leur proposer une organisation gestionnaire démagogique du « je vais donner un petit peu à tout le monde » n’engage la responsabilité de personne, ni du donneur d’ordre ni de celui qui reçoit.

Et puis voilà que tout recommence, la fameuse opposition : L’art d’un coté avec ce que pour certains cela représente d’élitisme, de singulier,  « D’entre soi » a-t-on entendu dire. Et de l’autre le « socio-culturel » qui pour beaucoup évoquent une sous-culture, un loisir sans enjeu dans la construction de la personne. Non ! Il n’y a ni élitisme, ni sous-culture, ni “Tout culturel”. Il y a des choses différentes qui coexistent et se nourrissent l’une de l’autre. Le “Tout culturel” est un concept démagogique qui englobe tout et n’importe quoi, ne servant qu’à dédouaner les responsables politiques de tous engagements vis à vis des artistes.

La politique culturelle fonde sa légitimité sur l’exigence de nouer des rapports entre les personnes qui font appel au sensible, à la pensée, à la reconnaissance de l’Autre… L’art, dans la diversité de ses pratiques et de ses expressions, a un rôle essentiel à jouer. La culture comme mise en partage des formes artistiques, comme capacité à faire société, comme reconnaissance de la diversité culturelle et des droits culturels des personnes, a également un rôle de relais, de médiation, de révélation … Sur ces plans, il faudrait que le Politique admette que la logique financière n’est pas le déterminant premier, parce que l’art et la culture sont le pari sur un avenir à construire en commun. La novation ne consiste pas à jeter dans l’ornière l’héritage que les élections lui ont confié. « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », écrivait René Char. Sachons le conserver en le faisant fructifier : en matière culturelle, cela signifie d’abord d’accorder à l’art et aux artistes une confiance empathique.

 

Grenoble le 9 octobre 2015

COMMUNIQUE DE PRESSE

Nous, Collectif Tricycle, souhaitons porter à la connaissance de nos concitoyens la décision que vient de prendre la mairie de Grenoble quant aux deux théâtres, le Théâtre de Poche et le Théâtre 145, que nous dirigeons depuis 2011.

L’Élue aux Cultures, Corinne Bernard, nous a informé le mercredi 30 septembre que la municipalité souhaitait reprendre les lieux en régie directe, à partir de septembre 2016. Les subventions permettant à Tricycle de continuer son activité de soutien à la création théâtrale contemporaine ne seront pas reconduites pour la saison 16/17. Une subvention devrait être versée à Tricycle pour 2016 au prorata du temps de notre occupation des lieux, soit jusqu’à août 2016.

Cette décision unilatérale a été prise sans que nous ayons pu construire avec la Ville le minimum de dialogue propice au devenir de ce qui a été mis en place. Notamment sur ce qui a été précisé depuis deux ans en direction des écritures théâtrales contemporaines en partenariat avec Troisième Bureau et la MC2, mais aussi en ce qui concerne les compagnies émergentes avec le Centre Loisir et Culture « L’Autre rive » d’Eybens, le Pot au Noir et le festival Textes en l’Air dans le cadre des Envolées.

Nous revendiquons la pluralité des esthétiques et l’importance des croisements. Ceux-ci ont placé le Tricycle et les compagnies grenobloises au sein d’un maillage solide, à la fois artistique, culturel et social. Ce qui a suscité l’intérêt d’un public de plus en plus varié et nombreux, la fréquentation ayant triplé.

La nouvelle équipe municipale a d’abord exprimé son enthousiasme quant à notre démarche. Nous avons souhaité et appelé depuis septembre 2014 à une construction en commun, afin que notre jeune projet puisse se consolider en rencontrant les attentes et les objectifs de la nouvelle équipe municipale.

Ce dialogue a été évoqué, mais jamais engagé.

La raison de cette municipalisation serait essentiellement d’ordre économique. On peut s’en étonner sachant l’engagement bénévole qui a été le nôtre durant ces cinq années. Sauf à imaginer que ces deux théâtres ne deviennent des « salles » sans projet artistique cohérent. Est-ce l’objectif recherché par la municipalité ?

A ce jour, les intentions restent très floues.

D’ores et déjà, artistes, public et partenaires nous font part de leur inquiétude. Nous la partageons.

Nous prenons acte de cette décision de la Municipalité et nous nous réservons le droit de repositionner notre action sur l’année 2016.

Le Collectif Tricycle.